Budget fédéral et trou noir de prestations d’assurance-emploi

Rimouski, le 27 février 2018. – La Coalition sur l’assurance-emploi du Bas-Saint-Laurent salue les mesures de soutien proposées dans le dernier budget fédéral afin d’éviter que les travailleuses et travailleurs saisonniers se retrouvent sans revenu, mais doutent qu’elles soient suffisantes.

« Emploi et Développement social Canada réaffectera un montant de 10 millions de dollars à même les ressources ministérielles existantes dans le but d’offrir immédiatement un soutien du revenu et une formation aux travailleurs touchés. Ces mesures contribueront à faire en sorte que les travailleurs en chômage des industries saisonnières du Canada aient accès aux mesures de soutien dont ils auront besoin, quand ils en auront le plus besoin. » (page 64 du budget)

La Coalition, dont font partie Action Chômage Kamouraska inc., le Conseil central du Bas-Saint-Laurent (CCBSL–CSN), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), avait lancé un cri d’alarme au gouvernement de Justin Trudeau, afin que soit adoptée, dans les plus brefs délais, une mesure d’exception pour la région. La Coalition réclamait l’ajout de dix (10) semaines de prestations aux quatorze (14) semaines de base déjà prévues à la loi. La Coalition est heureuse de savoir que son message semble au moins avoir été entendu. Par contre, elle doute fortement que les sommes annoncées soient suffisantes pour venir en aide aux travailleurs et travailleuses.

Le taux de chômage était de 5,9 % au Bas-Saint-Laurent au mois de février, ce qui oblige les prestataires à avoir travaillé 700 heures pour recevoir 14 semaines de prestations. À titre d’exemple, un travailleur dont l’emploi est saisonnier et sur une base de 40 heures/semaine travaillera environ 18 semaines pour se qualifier à recevoir 14 semaines de prestations.

« On salue les nouvelles mesures de soutien qui seront mises en place pour venir en aide aux travailleurs et travailleuses qui sont dans une situation très difficile. On va s’assurer qu’elles viennent directement en aide aux gens du Bas-Saint-Laurent et que cette aide soit suffisante », affirme Alain Harrisson de la FTQ.

« Des travailleurs ne pouvaient pas se qualifier à cause du nombre d’heures trop élevé qui était demandé. D’autres perdront leur chômage et vont tomber dans le trou noir dès le mois de février », souligne à son tour Céline Bonneau du SFPQ.

De son côté, Alain Lagacé d’Action Chômage Kamouraska questionne la validité du taux de chômage actuel de 5,9 %. « Il est anormal que le taux de chômage de notre région soit quasi identique à ceux de la région de Montréal (Mirabel, Laval), du Centre-du-Québec (Mauricie, Portneuf, Laurentides) ainsi que du Saguenay. Ces régions sont beaucoup plus industrialisées que la nôtre et comptent moins de travailleurs saisonniers. L’inclusion de la région de Montmagny et des Etchemins dans les données du Bas-Saint-Laurent vient fausser les données du taux de chômage de notre région », soutient monsieur Lagacé.

La précarité économique qu’engendre cette injustice pour tous les travailleurs et travailleuses détenant un emploi saisonnier entraîne de graves répercussions dans notre région, comme l’exode des jeunes. Plusieurs d’entre eux choisissent de quitter notre région pour les grands centres urbains. La présidente du Conseil central du Bas-Saint-Laurent, Nancy Legendre, s’inquiète du cercle vicieux que cela entraîne pour notre région. « Toute cette précarité a des répercussions sur les commerçants, sur les gens d’affaires et sur toute la communauté. C’est la dévitalisation du territoire qui est en jeu », selon madame Legendre.

Les membres de la Coalition sur l’assurance-emploi du Bas-Saint-Laurent avaient uni leurs voix afin de réclamer publiquement des mesures d’urgence et le ministre Jean-Yves Duclos semble avoir entendu le message. La Coalition se donnera quelques jours pour analyser si cela sera une aide réelle pour les travailleuses et travailleurs qui font face au trou noir.